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La cohésion d'équipe, ça ne se décrète pas

La cohésion d'équipe, ça ne se décrète pas

Benjamin Poucin aka l'a-jean Ben

Benjamin Poucin aka l'a-jean Ben

Benjamin Poucin aka l'a-jean Ben

Benjamin Poucin aka l'a-jean Ben

Manager voulant forcer la cohésion sans son équipes
Manager voulant forcer la cohésion sans son équipes

Vous avez bloqué la journée séminaire d'octobre. Vous avez fait venir un onéreux coach pour un atelier valeurs partagées. Vous avez instauré le petit-déj d'équipe du vendredi (que Jean-Bruce a réussi à manquer cinq fois sur cinq, on a remarqué). Et hier matin, dans la pause-café, deux collègues qui partagent le même immense open space depuis huit mois ont fait connaissance pour la première fois.

Alors ok, Jean-Cédric, le DRH, a coché toutes les cases. Jeanne-Margaux, la manager, a fait de son mieux. Pour autant les équipes restent en silo, les nouveaux ne se sentent pas vraiment intégrés, et les conversations s'arrêtent toujours aux mêmes frontières invisibles.

Pas parce que vous vous y prenez mal mais parce que la cohésion d'équipe, ça ne se décrète pas. Ça se provoque, et ce n'est pas du tout la même chose.

On va voir pourquoi vos initiatives ratent souvent leur cible. Et surtout, ce qui marche vraiment :)

Ce qu'on croit qui crée de la cohésion (et qui ne crée pas grand-chose)

Quand on cherche à renforcer la cohésion d'une équipe, on déploie toujours à peu près le même catalogue.

Le séminaire annuel à la campagne, où on enchaîne les slides du codir le matin et le bowling l'après-midi, comme si les deux moments allaient dialoguer entre eux par magie. Le déjeuner de Noël, où chacun mange poliment à côté des collègues qu'il évite le reste de l'année. L'atelier valeurs, où on couvre un mur de post-its avec des mots comme « bienveillance », « excellence » et « collaboration » (post-its qui finissent à la poubelle dès le lendemain, et les valeurs avec, en général). Le petit-déj équipe du vendredi, que Jean-Bruce continue donc d'éviter en télétravaillant ce jour-là (on a fini par comprendre). Je force le trait mais vous voyez où je veux en venir.

Toutes ces initiatives partent d'une vraie intention. Personne ne se réveille un matin avec l'idée de gâcher un budget RH pour rien. L'envie est bien là et elle est sincère. Le problème est ailleurs.

Ce problème, c'est qu'on confond deux choses : passer du temps ensemble et créer du lien.

Ce sont deux trucs différents. On peut très bien passer huit heures dans la même salle sans tisser le moindre lien. (Vous avez déjà vécu un séminaire codir en visio ? Voilà.) Et inversement, deux personnes peuvent se sentir étonnamment proches en dix minutes, à condition qu'il se passe quelque chose entre elles.

C'est ce « quelque chose » qu'on rate la plupart du temps, non pas par négligence mais plutôt parce que personne ne nous a jamais expliqué de quoi il était fait.

Ce qu'est vraiment la cohésion d'équipe

Pour comprendre comment la provoquer, il faut savoir de quoi on parle.

La cohésion, ce n'est pas « bien s'entendre ». Bien s'entendre, c'est tiède. C'est un peu le minimum syndical du collègue de bureau. La cohésion quant à elle, c'est plus précis que ça et ça n'a rien à voir non plus avec "être tous des potes". Je la vois comme un alliage de trois ingrédients très spécifiques.

Une émotion partagée.
Rire ensemble. Être surpris ensemble. Avoir peur (un peu) ensemble. Ce que les neurosciences confirment depuis longtemps : l'émotion vécue collectivement crée des liens beaucoup plus durables qu'une heure de réunion d'équipe. Une méta-analyse portant sur plus de 8000 participants l'a documenté de façon assez nette (j'en parle plus en détail dans mon article sur l'humour comme levier de cohésion). Et heureusement ce n'est pas réservé aux grandes émotions. Un fou rire collectif fait largement l'affaire.

Un souvenir commun.
Cette phrase qui démarre par « tu te souviens quand… » et qui fait sourire tout le monde autour de la table six mois après. Si une équipe ne peut pas finir cette phrase ensemble, elle ne fonctionne pas vraiment comme une équipe. Elle cohabite.

Un moment où la hiérarchie s'efface.
Le DG qui rate son karaoké. La stagiaire qui prend la parole et fait rire toute la salle. Le commercial réservé qui se retrouve à improviser avec la cheffe de projet qu'il ne calcule jamais. Pendant quelques minutes, on n'est plus son rôle. On est juste soi. Et c'est précisément à ce moment-là que les gens se rencontrent vraiment et peuvent connecter.

Une équipe vraiment cohésive, c'est une équipe qui a vécu ces trois choses ensemble, et qui donc s'est retrouvée à un moment ou un autre dans un cadre propice à leur expression.

Pourquoi ça ne se décrète pas

C'est là que les choses se compliquent :)

On ne peut pas dire à quelqu'un « ressens une émotion partagée maintenant, avec ce collègue que tu connais à peine ». Ça ne fonctionne pas comme ça. On ne peut pas non plus programmer une bonne blague (imaginez la note de service : « 14h47, prière de rire collectivement avec votre voisin de gauche »). L'humour spontané ne se planifie pas, c'est presque sa définition.

Plus on insiste (« exprimez-vous librement, c'est un espace safe »), plus les gens se ferment. Plus on structure (« chacun va dire un mot positif sur son voisin »), plus c'est gênant pour tout le monde, y compris pour celui qui anime.

Bref : dès qu'on essaie d'imposer le lien, le lien fuit. C'est presque un principe physique.

C'est pour ça que tant d'initiatives RH ratent leur cible, parce qu'elles cherchent à fabriquer ce qui ne se fabrique pas frontalement.

Mais alors, on fait quoi ? Et bien on change d'angle. On ne vise plus le résultat. On vise le terrain qui le produit !

La facilitation ludique : provoquer plutôt qu'imposer

C'est la mécanique qu'on travaille à La Jeance, et qu'on appelle, faute de mieux, la facilitation ludique.

Le principe est simple, presque banal une fois qu'on l'a énoncé, et vous l'avez deviné : on ne décrète pas la cohésion, on installe les conditions pour qu'elle apparaisse toute seule. On construit un cadre. On choisit un tempo. On scénarise une situation. Et les gens font le reste, sans qu'on ait à leur imposer des injonctions.

Pour ça, on s'appuie sur quatre ingrédients qu'on retrouve dans tout ce qu'on conçoit, qu'il s'agisse de nos ateliers détournés, nos ateliers Signatures, un event sur-mesure construit de A à Z, ou d'une session de facilitation (ex : l'appropriation d'une nouvelle roadmap avec autre chose qu'un PowerPoint et une mâchoire serrée).

L'humour.
Pas l'humour balourd des animateurs en chemise hawaïenne. L'humour précis, calibré, qui crée une vraie complicité parce qu'il demande aux participants d'être un peu sur leurs gardes, un peu malins, un peu vifs. Quand les gens rient ensemble pour de vrai (pas le rire poli de fin de réunion), il se passe quelque chose de très puissant qui laisse des traces.

L'émotion de manière générale
Pas uniquement le rire : la surprise, l'étonnement, parfois un brin d'inconfort productif, mais aussi la fierté et l'enthousiasme. Les vrais souvenirs collectifs naissent là, dans ces secousses émotionnelles partagées. On ne fabrique pas des moments tièdes : on fabrique des moments qui marquent.

Le scénario.
Un fil rouge, une histoire. Je ne parle pas d'un plan ou d'un programme, mais d'un cadre fictionnel, d'un récit personnalisé qui englobe tout le monde. Les gens ne sont plus « participants à un atelier », ils sont embarqués dans quelque chose. Ce déplacement change tout : on ose plus, on lâche prise plus vite, on rentre plus profondément dans le moment.

Le jeu.
Pas le jeu pour le jeu (la tour en spaghettis a fait son temps). Le jeu intelligent, qui démolit les hiérarchies sans même qu'on s'en aperçoive. Quand on joue, on sort de son rôle (DG, stagiaire, RH, intermittent du codir) et on redevient un humain qui essaie de gagner, de participer ou de comprendre une règle absurde, ou de faire rire ses collègues.

Ce que produit souvent la combinaison de ces quatre ingrédients, c'est une sorte décalage. Et c'est précisément ce qu'on cherche. Parce que ce décalage, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ne met pas les gens mal à l'aise. Il les protège.

C'est le mécanisme du déguisement en soirée. Quand on porte un costume, on n'est plus tout à fait soi en mode pro, et c'est cette petite armure paradoxale qui autorise à montrer plus de soi qu'on ne l'aurait fait à découvert. Le décalage joue le même rôle. Il offre un cadre dans lequel chacun peut, paradoxalement, être un peu plus lui-même.

Ça marche particulièrement bien avec les sceptiques et les réticents, ceux qui se braquent dès qu'on leur demande frontalement de « participer ». Mettez-les dans un team building classique, ils vous regardent par-dessus leurs lunettes en attendant que ça passe. Mettez-les dans un scénario décalé où plus personne ne joue son rôle habituel, et là, étonnamment, ils s'embarquent. Parce qu'ils n'ont pas l'impression de participer. Ils ont l'impression d'être ailleurs.

Évidemment, la facilitation ludique a ses pièges. Il y a une différence entre faire rire les gens et les forcer à porter un nez de clown. Une différence entre une bonne surprise et une mauvaise blague. Une différence entre un cadre qui libère et un cadre qui infantilise. Tout l'enjeu d'une vraie scénarisation, c'est d'être ludique sans tomber dans le gênant ni dans le ringard (j'en parle en détail dans cet autre article).

Ce que ça donne concrètement

L'équipe juridique Europe de SeLoger, en séminaire à Paris. Une quinzaine de juristes de plusieurs pays, en anglais, à 9h30 le matin dans leurs locaux (deux contraintes qui suffisent à éliminer 80 % des animations classiques avant même qu'elles aient commencé). Profil exigeant : des gens dont le métier est d'analyser, de cadrer, de sécuriser, de repérer la moindre incohérence dans un texte. Le brief : un vrai moment de respiration dans le séminaire, mais surtout pas du gadget infantilisant. Évidemment.

Ce qu'on a fait : un atelier baptisé Free the Legal, animé par deux faux consultants d'un cabinet fictif, mandatés (officiellement) par la direction du groupe pour « assouplir le système et prendre des risques ». On a démarré par la signature d'une NDA très propre, très crédible, dont les dernières clauses se mettaient progressivement à dérailler. Les premiers ont signé sans hésiter. Les suivants ont relu. Les derniers ont commencé à sourire. La glace était cassée en huit minutes.

Ont suivi trois épreuves construites entièrement sur leur métier. Réécrire un extrait de RGPD en poème romantique ou en notice IKEA par exemple. Construire un bien immobilier en pics à brochettes et bouchons de liège, puis le pitcher en y glissant en douce des expressions caricaturales d'agent immo (« a rare opportunity on the market »). Et pour finir, traiter en binôme un litige juridique absurde (Airbnb qui accuse SeLoger d'avoir volé son ficus ; un utilisateur qui exige la compatibilité Minitel) tout en maintenant un ballon de baudruche en l'air pendant toute la réflexion.

Pourquoi ça a marché sur une équipe a priori difficile à dérider ? Parce qu'on n'a pas plaqué un format générique sur leur métier. On est entré dedans, et on l'a légèrement détourné. Le décalage venait de leur quotidien à eux, pas d'un univers étranger qu'on aurait posé par-dessus. Les juristes les plus circonspects (ceux qui, à 9h30, lisent une NDA en silence en buvant leur café) ont été les premiers à plonger, parce qu'ils ont reconnu leur terrain de jeu, et qu'on leur a permis, l'espace de deux heures, de le maltraiter joyeusement.

Une équipe expérimentée, multilingue, exigeante, en séminaire un matin : sur le papier, le contexte le plus défavorable possible pour faire émerger un esprit collectif. Et pourtant : du rire, des fous rires qui ont débordé sur la plénière qui suivait, et des juristes qui se sont découverts vendeurs immobiliers étonnamment convaincants.

Le format complet est raconté ici : 👉 Libérer une équipe juridique sans finir au tribunal.

Petit instant pub, notre format phare, l'Atelier Détourné, repose entièrement sur ce principe. 2h dans vos locaux, un scénario qui débarque sans prévenir, une équipe qui en parle encore trois semaines après.

En résumé

La cohésion d'équipe ne se décrète pas. C'est probablement la leçon la plus utile que notre expérience en événementiel nous a appris. En revanche, elle se provoque, et ça, c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire qu'on peut s'y prendre mieux.

La provoquer, ça suppose de quitter la logique du « on organise quelque chose et on espère que ça prenne », pour entrer dans une logique de scénarisation : choisir le bon cadre, le bon tempo, les bons ingrédients (humour, scénario, émotion, jeu), et faire confiance à l'équipe pour que la suite arrive toute seule.

Et puis il faut le dire : la cohésion d'équipe, ce n'est jamais acquis. Les équipes se renouvellent, les nouveaux arrivent, les anciens partent, les contextes changent, les périodes de tension passent et reviennent. Comme toute relation, ça s'entretient. C'est pour ça qu'on ne peut pas tout déléguer au séminaire d'été, qui peut faire son office mais ne suffit clairement pas à porter l'année. Provoquer la cohésion, c'est un travail continu, qui demande des moments forts répartis sur l'année plutôt qu'un grand rendez-vous annuel suivi de onze mois de silence radio.

C'est plus de travail en amont. Mais ça produit, en sortie, des équipes qui rient ensemble, qui se souviennent ensemble, et qui ont, l'espace d'un moment, oublié les rôles qu'elles tenaient en arrivant.

Et entre nous : c'est aussi beaucoup plus drôle.


FAQ - Cohésion d'équipe : ce qu'on se demande vraiment

Comment renforcer la cohésion d'équipe sans organiser un séminaire ?
Un séminaire est rarement suffisant pour renforcer la cohésion d'équipe. Un format court (2h), bien scénarisé, dans vos locaux, plusieurs fois dans l'année, peut produire bien plus d'effet : moins de logistique, moins de coût, et un souvenir collectif qui marque vraiment. Ce qui compte, ce n'est ni la durée ni le lieu. C'est la qualité du cadre.

Quelle différence entre cohésion d'équipe et bonne ambiance ?
La bonne ambiance, c'est quand les gens s'entendent. La cohésion d'équipe va plus loin, mais ne veut pas dire être tous copains. C'est avoir vécu quelque chose ensemble à quoi se rattacher, et avoir la capacité de "faire" ensemble dans des conditions humaines sereines. Une équipe peut très bien avoir une bonne ambiance sans cohésion (chacun s'entend bien avec chacun, mais le collectif n'existe pas vraiment). L'inverse est plus rare.

Pourquoi beaucoup de team buildings ne créent pas vraiment de cohésion ?
Souvent parce qu'ils sont génériques, juxtaposent des activités sans fil rouge, ou se contentent de réunir les gens en espérant que la magie opère. La cohésion ne se décrète pas : elle a besoin d'un scénario, d'une émotion partagée, et d'un cadre où la hiérarchie s'efface naturellement.

Le télétravail empêche-t-il la cohésion d'équipe ?
Pas mécaniquement, mais il la rend plus fragile. Les micro-rencontres informelles (pause-café, déjeuners, croisements dans le couloir) qui produisaient naturellement du lien ont disparu. Il faut donc compenser par des moments forts, plus fréquents et plus marquants.

Combien de temps faut-il pour vraiment créer de la cohésion ?
Beaucoup moins qu'on le croit, à condition que le cadre soit bon. Deux heures bien scénarisées peuvent produire plus de cohésion qu'une journée séminaire mal pensée. Ce qui compte, ce n'est pas la durée. C'est l'intensité de l'expérience partagée.

C'est quoi la facilitation ludique, concrètement ?
Une approche qui consiste à créer un cadre dans lequel le lien peut émerger, plutôt que d'essayer de le forcer. Elle s'appuie sur quatre ingrédients : humour, scénario, émotion, jeu. Elle peut servir à ressouder une équipe, à embarquer un collectif dans des projets ou changements, à intégrer de nouvelles recrues, ou à faire vivre un moment qui marque sans qu'il soit gênant.

Pour aller plus loin

👉 Team building & humour : pourquoi le rire est le meilleur levier de cohésion
👉 Team building ni gênant, ni ringard : 5 clés pour bien choisir
👉 Team building efficace : pourquoi tout doit résonner avec votre équipe
👉 Team building dans vos locaux : original, efficace et sans logistique

Je m'appelle Benjamin Poucin aka l'a-jean Ben, co-fondateur de La Jeance. Je conçois et j'anime des évènements originaux et insolites, toujours personnalisés, qui créent une vraie cohésion dans les équipes.